L’abord de la prière dans ce blog est voulu dans un sens large. Ce sens large implique toutefois que l’on nettoie
d’abord la prière de pesanteurs qui se manifestent souvent à nous à l’évocation de ce mot, associé qu’il est souvent à du conditionnement, des rabâchages, de la mécanicité, du devoir, du
mérite, de la bigoterie… Ainsi peut-on, une fois cela accompli, s’en référer à :
Un besoin de la Terre actuelle, de l’humanité qu’elle porte et en particulier de celle qui est en formation, et des règnes
minéraux, végétaux, animaux. Pour Edgar Morin, sociologue, confrontée aux défis actuels, l’évolution de l’humanité ne pourra pas venir uniquement « de l’extérieur » (réformes
ou changements), mais aussi « de l’intérieur » ; pour lui il y a « deux courants intérieurs, l’un beaucoup plus réflexif et intellectuel, et l’autre beaucoup plus intériorisé
dans le sens de la vie de l’ « âme » (pour employer ce mot entre guillemets), mais qui correspond à une réalité profonde. » La prière, qui ne demande aucune connaissance
livresque, serait ici quelque chose allant dans le sens de ce dernier courant, " le sens de la vie de l'âme ", évoqué par cet auteur.
Un ancrage dans le corps, dans son sentir, comme base de travail. « ... S'enfoncer dans la forêt du sentir, dans la nature,
flairer, capter, et résister sans cesse, à cette avidité de la tête qui veut se saisir de ce que vous avez senti, pour en faire une construction. Sentir qu'il y a là une présence... » nous
dit l’écrivain et conteur Henri Gougaud.
Et Maître Eckart (13ème siècle !…) ajoute : « Que ton Dieu ne soit pas le produit de ta pensée parce que, lorsque ta pensée disparaît, ton Dieu disparaît aussi.
Que ton Dieu soit le produit de ta substance, parce qu’elle ne disparaît pas, elle se transforme. »
Un ancrage dans les sens, fenêtres sur les possibles : « Nous avons d’innombrables sens, inouïs, des oreilles d’une
lieue, un nez comme une montagne, et des yeux, des yeux à en boucher un coin au soleil. » affirmait Joseph Delteil
Le Sentir, les sens, « le sens » … « Nous sommes malades du manque de sens, et la première chose à faire est de
décider qu'il y en a un... Et si le sens à trouver n'était pas du domaine du formulable, mais comme le parfum d'une fleur ?... Chacun de nous est capable de se tracer un sens avec sa propre
histoire, s'il se charge de la réinventer. Inventez votre vie, inventez votre mythe, et nourrissez le avec le parfum des choses, de votre propre désir... » Henri Gougaud.
Un ancrage dans le présent, en n’oubliant pas qu’ « être présent, il faut l’être volontairement, pas par hasard »,
comme l’affirme Luis Ansa, écrivain, dans « Le Secret de l’Aigle ».
Une correspondance avec l’expérience personnelle de chacun et
« Si votre expérience est en désaccord avec mon message, préférez votre expérience.» (Bouddha)
Une expérience qui pour certains peut remonter à l’enfance, et qui peut être en lien avec les enfants. En sachant
qu’ « Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées ». Khalil Gibran
Référence aussi à la science, élément clé de notre temps.
Dans l’esprit d’Albert Einstein quand il dit : " L'esprit scientifique, écrivait-il, n'existe pas sans la religiosité cosmique, religiosité mue par l'étonnement...
J'éprouve l'émotion la plus profonde devant le mystère de la vie. Ce sentiment fonde le beau et le vrai, il suscite l'art et la science ».
Dans la lignée de Max Planck, et de la physique quantique, qui parle d’un esprit intelligent et conscient, qui est la matrice de toute matière, lieu de l’origine des étoiles, de l’ADN et de tout
ce qui existe. Gregg Braden, un autre scientifique, plus contemporain, l’appelle « la Divine Matrice » (Cf. son livre du même nom). Cet auteur parle de méthode de prière ne
comportant aucun mot ni aucune expérience extérieure, et qui pourtant nous donne accès à cette force quantique reliant toute chose ; accès à ce « champ » « où c’est notre
langage intérieur qui modifie les atomes, les électrons et les photons du monde extérieur. Cependant il s’agit moins de paroles réelles que nous murmurons que des sentiments qu’elles créent en
nous. C’est le langage de l’émotion qui parle aux forces quantiques de l’univers. La Divine Matrice reconnaît le sentiment ». Mais un sentiment qui tient à distance l’égo et le jugement
précise-t-il…
Ainsi appuie-t-il la démarche de ce blog dans son ouvrage « Secrets de l’art perdu de la prière » (éd.AdA, 2007) quand il dit : « Que nous apprenions le pouvoir de la prière
par l’Internet d’aujourd’hui, ou sur un parchemin du siècle premier, le message demeure le même. Le plus grand défi de notre vie, c’est peut-être d’accepter notre habilité à utiliser un tel
langage universel. »
Un cadre, indispensable, non affilié à une religion particulière. Le mot prière est souvent relié directement à celui d’une
religion ; le point de vue laïque serait plutôt préféré ici : ce blog est issu d’un pays, la France, où la laïcité, inscrite dans la Constitution française, permet de protéger
l’individu de tout dogme, notamment à caractère religieux, et de toutes dérives sectaires.
Adopter une conception ouverte de la laïcité permet d’offrir à chacun des éléments de réflexion sur le sacré, et des éléments d’appréciation individuelle sur les croyances (ou les non-croyances).
Le rôle de la laïcité a été et continue d’être en tout cas la libération des esprits de toutes les superstitions. On ne peut oublier que c’est à Jésus lui-même que l’on peut, d’un certain point
de vue, faire remonter l’émergence de la laïcité quand il demande de « rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».
L’approche laïque de ce blog se veut ainsi de permettre une ouverture à tous les êtres humains, et à toutes les traditions et religions, celles-ci étant accueillies dans un esprit respectueux de
leur histoire et de leur diversité, comme les présente par exemple Frédéric Lenoir dans son « Petit traité de l’histoire des religions » (éd. Plon, 2008).
En tout cas un cadre rond, souple, qui respire qui vibre, qui vit tout simplement, comme le décrit Tacka Ushte, voyant guérisseur sioux, dans son livre « De mémoire indienne »
(éd. Plon, 1977). Rond comme le Soleil , la Lune, la Terre…
Laissons maintenant conclure un personnage d’un roman de Luis Ansa, le Père Sebastian : « Disons que la prière n’est pas la propriété
exclusive de l’homme religieux. Elle appartient au royaume de l’art, d’un art inconnu dans le monde des croyants. Son approche délicate et sensible, demande une attitude créative
amoureuse ».